Une franchise japonaise en 2016: les questions
Auteur:
Hinato
Publié le: 28/10/2014


Comme vous le savez tous, le Japon aura sa propre franchise de Super Rugby lors de l'extension de cette compétition en 2016. Si certains se réjouissent d'ores et déjà et d'autres critiquent à tout va l'arrivée du "futur Toulon du Super Rugby" (beaucoup entendu chez nos amis supporters sud-africains), on peut peut-être commencer à se poser les questions sur cette future franchise et ses impacts dont on ne sait finalement à l'heure d'aujourdhui( où j'écris cet article) pratiquement rien. A moins d'un an 1/2 de l'entrée de cette future franchise dans le Super Rugby 2016, une chose est certaine, le temps presse.

Le financement

Les dirigeants de la Japan Rugby Football Union, toujours en discussion avec la SANZAR, sont très silencieux à ce sujet. Il faut dire que la franchise japonaise sera la première équipe de l'hémisphère nord à rejoindre le célèbre championnat de l'hémisphère sud. Evidemment, cela aura un coup énorme au niveau des frais (trajets, logements, équipements, salaires). La future franchise japonaise devrait ainsi dépenser chaque année (sur les 5 saisons à venir) 20 millions de dollars pour subvenir au fonctionnement de l'équipe, soit 100 millions de dollars en cinq ans! Si le Japon semble avoir de l'argent illimité dans le rugby vu de France, il faut bien voir que ce sont les grands clubs corporatifs de la Top League japonaise qui sont riches.

La Japan Rugby Football Union, la fédération japonaise de rugby, peine de son côté à tenir le budget chaque saison. La JRFU avait ainsi fait appel récemment à des dons publics pour pouvoir payer ses équipes nationales. La future équipe japonaise devra donc être financée par des fonds privés. Qui voudra payer? Les multinationales nipponnes voudront-elles financer cette future équipe et payer les salaires des futurs joueurs? Les futurs joueurs signeront-ils un contrat avec la fédération japonaise de rugby?Si la franchise intègre des joueurs étrangers n'évoluant pas en Top League japonaise, les multinationales accepteront-elles de les payer sans rien dire? Autant de questions...

 
Le stade

Si la future équipe japonaise jouera quelques matchs délocalisés à Singapour pour réduire le voyage des équipes sud-africaines, le domicile de la franchise nipponne se trouvera à Tokyo. Le National Stadium, dont les travaux n'ont toujours pas débuté et qui ne sera pas prêt avant la coupe du monde de rugby de 2019, ne sera donc pas le stade où débutera cette future équipe.

Les joueurs nippons devraient dans un premier temps évoluer dans le mythique Chichibunomiya Stadium (25 000 places) en attendant de pouvoir jouer dans le nouveau National Stadium (80 000 places) en 2020. 2019 semble en effet trop juste alors que le stade ne sera sans doute pas tout à fait fini lors du début du Super Ruby 2019. Je lis un peu partout, notamment dans la presse étrangère sur les risques de voir le stade vide. Les journalistes étrangers se basent sur la moyenne d'affluence de la Top League japonaise, qui est il faut le dire très faible (5 000 spectateurs). Hors beaucoup de personnes font la même erreur à ce sujet et oublie de dire que l'on parle d'un championnat de clubs corporatifs.

La très grosse majorité des supporters sont des salariés des multinationales en question (Toshiba, Canon, Suntory, Panasonic...). La majorité des gens se détournent de ce championnat car ils ne se reconnaissent pas dans un club corporatif. En ce qui concerne le Super Rugby, la communauté rugbystique japonaise en est très friante et répondra sans problème au rendez-vous. Après tout, les maillots de rugby qui se vendent le mieux au Japon sont ceux des All Blacks et du Super Rugby! N'oublions pas qui plus est que le Chichibunomiya Stadium était plein lors du Japon/Nouvelle-Zélande de l'an dernier. Pour ce qui concernera les matchs délocalisés à Singapour, ce sera une tout autre histoire...

La Top League japonaise

L'arrivée de la franchise japonaise va évidemment avoir un impact sur le calendrier de la Top League. La compétition nipponne se verra déjà raccourcie la saison prochaine en raison du Super Rugby et de la Coupe du monde de rugby. Cela pourrait être la bonne occasion pour réduire le championnat de 16 à 10 (voir 8) clubs et le rendre plus compétitif comme le suggère certains comme le sélectionneur des Brave Blossoms, Eddie Jones. Mais cela semble compliqué avec le pouvoir des clubs corporatifs, qui sont à l'origine de la création de ce championnat, crée spécialement pour eux.

Un calendrier plus léger de la Top League japonaise semble en tout cas inéluctable. On ne peut imaginer un international japonais enchaîner le championnat nippon plus le Super Rugby plus les tests matchs d'été de juin et d'automne avec le Japon dans l'état actuel des choses! L'exemple du 1/2 de mêlée Fumiaki Tanaka (Panasonic Wild Knights) est là pour nous le rappeler. Lors de l'année 2013, l'international japonais avait enchaîné le Super Rugby, les tests matchs de juin et d'automne, l'ITM Cup et la Top League japonaise. Fumiaki Tanaka était arrivé "crevé" lors du Super Rugby 2014 avec les Highlanders.

L'arrivée de la franchise japonaise n'est aussi pas forcément bien accueilli par tous les clubs de la Top League japonaise. Le calendrier de la compétition risque grandement d'être réduit. Cette dernière deviendra qui plus est secondaire derrière le Super Rugby, de par la création de la franchise nipponne. Beaucoup de clubs qui n'enverront aucun joueur dans cette future équipe n'y ont rien à gagner personnellement. De plus l'allègement du calendrier du championnat japonais aura un impact sur les salaires des stars sudistes qui verront sans aucun doute leur salaire baissé. Après tout, pourquoi les clubs japonais continueraient de donner le même salaire aux stars sudistes pour 1/3 de matchs en moins de joués? Viendront-ils toujours?

Une bonne partie devrait toujours venir. Quant aux mercenaires purs et durs qui viennent pour une seule et unique saison comme Sonny Bill Williams par le passé, ils devraient être moins tenté par des revenus en baisse dans la Top League japonaise. Quant aux grands clubs nippons (Suntory Sungoliath, Panasonic Wild Knights, Toshiba Brave Lupus, etc...) qui enverront leurs joueurs japonais et étrangers dans la future franchise, comment cela se passera-t-il? Accepteront-ils de les envoyer plus tôt pour préparer la saison de Super Rugby avec la franchise nipponne sous peine de perdre gros en championnat? Autant de questions et de réponses possibles car chaque club corporatif japonais ne réagira pas forcément pareil à ce sujet.

L'effectif

Pour diriger cette future équipe, on peut penser sans trop de problèmes à un des dirigeants de la Japan Rugby Football Union actuel. La fédération japonaise de rugby, dirigée entre vieux amis, un peu comme ce que l'on retrouve en France avec la fédération française de rugby, ne devrait pas nous sortir une surprise. Pour ce qui est du futur entraîneur, il est très difficile d'imaginer un coach japonais. Aucun entraîneur nippon actuel n'a une expérience en Super Rugby. Les dirigeants japonais se tourneront donc sans aucun doute vers un technicien étranger. Un nom me plaît particulièrement et me semble parfaitement adapté pour devenir le tout premier entraîneur de la future franchise japonaise. Il s'agit de Tony Brown.

L'ancien international All Black, qui avait évolué chez Sanyo Wild Knights (2005-2011) connaît parfaitement le rugby japonais, ses joueurs et sa mentalité. Assistant de Jamie Joseph chez les Highlanders, c'est lui qui en 2012 fait venir ses anciens coéquipiers Fumiaki Tanaka et Shota Horie pour jouer avec Otago (qu'il entraîne) en ITM Cup. C'est aussi lui qui parvient à faire obtenir la signature de Fumiaki Tanaka avec les Highlanders à la fin de cette même année, la première historique d'un joueur japonais en Super RugbyTony Brown est le lien qui relie le rugby japonais au rugby néo-zélandais actuellement. Connaissant parfaitement le rugby japonais et le Super Rugby, prendre la tête de cette future équipe japonaise serait un joli cap qui plus est dans sa carrière d'entraîneur. Il est pour moi le choix n°1 comme futur coach de la franchise japonaise. 

En ce qui concerne les futurs joueurs de l'effectif, l'équipe se basera sur une grosse majorité de joueurs japonais sans aucun doute avec les retours attendus de ses stars nippones en Super Rugby actuellement (Fumiaki Tanaka, Shota Horie, Male Sau, etc...). Les réussites de ces derniers notamment montrent que pas mal d'internationaux nippons ont le niveau pour pouvoir évoluer dans cette compétition.

Reste que le physique et l'intensité un ton au-dessus de la Top League japonaise posera d'énormes difficultés à cette future équipe les premières années. Voilà pourquoi cette dernière devrait avoir dans ses rangs plusieurs stars sudistes, de Top League à priori. Restera la question de savoir si la franchise japonaise intègrera des joueurs étrangers n'évoluant pas en Top League japonaise. Autant de questions dont on n'a pour l'heure aucune réponse...

 
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