La tournée désastreuse de novembre 2004
Auteur:
Hinato
Publié le: 21/05/2014


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Le sélectionneur du Japon, Mitsutake Hagimoto et le capitaine Takuro Miuchi, en mai 2004

Après la coupe du monde de rugby de 2003 en Australie, le sélectionneur Shogo Mukai démissionne pour s'occuper de sa famille. La Japan Rugby Football Union décide alors de nommer l'année suivante Mitsutake Hagimoto nouveau sélectionneur des Cherry Blossoms. L'entraîneur des Kobe Steel vient alors de remporter le premier championnat de la Top League japonaise avec son équipe de Kobe. Malgré un joli jeu pratiqué, l'équipe du Japon, faute de résultats (zéro victoire), avait été vivement critiquée lors de la coupe du monde de rugby en Australie.

Notamment par rapport aux trop grands nombres de joueurs étrangers utilisés par Shogo Mukai dans son équipe: George Konia, Reuben Parkinson, Andrew Miller, Adam Parker. Sous Mitsutake Hagimoto, le Japon va radicalement changer de politique sportive et décider de ne plus sélectionner de joueurs étrangers. Le sélectionneur japonais va appeler en masse de nouveaux joueurs pour ses premiers tests, pas moins de treize. On retrouve ainsi dans ses nouveaux noms un certain 2ème ligne de Toshiba Fuchu Brave Lupus, Hitoshi Ono, âgé tout juste alors de 26 ans.

Malgré un match nul contre la Corée du sud le 16 mai 2004 (19-19), les premiers résultats semblent donner raison au nouveau sélectionneur: victoires contre la Russie (29-12) et le Canada (34-21) et une défaite très honorable contre l'Italie (19-32). Confiant, le sélectionneur nippon va alors continuer sur sa politique et appeler huit nouveaux joueurs japonais: le pilier Tatsukichi Nishiura (Coca-Cola West Red Sparks), le 1/2 de mêlée Kiyonori Tanaka (Suntory Sungoliath), l'ouvreur Tatsuhiko Otao (Yamaha Jubilo), les ailiers Hayato Daimon (Kobe Steel), Koichiro Kubota (NEC Green Rockets) et Hiroki Mizuno (Toyota Verblitz), le centre Seiichi Shimomura (Sanyo Wild Knights), le 3ème ligne Takatoyo Yamaguchi (Kubota Spears) et le 2ème/3ème ligne Feletiliki Mau (World Fighting Bull). Ce dernier, d'origine tongienne, fait figure d'ovni dans cette équipe alors en étant le seul international nippon d'origine étrangère.

 

Le premier essai en sélection d''Hayato Daimon face à l'Ecosse

Malgré le début de l'ère du professionnalisme au Japon, l'équipe nationale manque clairement de physique. Face à l'Ecosse le 13 novembre 2004, les nippons tiendront dix minutes, grâce notamment au premier international de l'ailier Hayato Daimon (Kobe Steel) pour sa première sélection, avant ensuite de sombrer totalement.

Le Japon sera pulvérisé sur le score sans appel de 100 à 08, encaissant ainsi l'une des plus grosses raclées de son histoire. Une semaine plus tard contre la Roumanie, les Cherry Blossoms auront l'occasion de remporter le premier test match de leur histoire en Europe, mais les hommes de Mitsutake Hagimoto seront facilement battus sur le score de 25 à 10, le capitaine Takuro Miuchi (NEC Green Rockets) sauvant l'honneur des siens. Mais le pire sera à venir.

 

La terrible comparaison de taille entre Kiyonori Tanaka et Mike Phillips

Le 26 novembre 2004, dans le Millennium Stadium de Cardiff, le Japon sera atomisé par le Pays de Galles 98 à zéro (14 essais à rien). En plus de l'humiliation au niveau du score et de la démonstration, le physique des japonais est sujet à moqueries. Les commentateurs britanniques de la rencontre comparent alors le petit gabarit du 1/2 de mêlée remplaçant nippon Kiyonori Tanaka (Suntory Sungoliath) à celui énorme du jeune 1/2 de mêlée gallois de l'époque, Mike Phillips. La tournée de novembre 2004 est totalement désastreuse pour la sélection japonaise. Dans la presse, les performances de l'équipe sont décrites comme pathétiques. L'équipe, décrite comme une "blague", est vivement critiquée, notamment par le choix de laisser les joueurs d'origines étrangères de côté durant cette tournée en Europe.

Cette tournée de novembre 2004 aura un impact aussi grand que le désastre de Bloemfontein de 1995. Alors que le championnat professionnel de rugby japonais, la Top League, vient tout juste de naître, cette humiliation de la sélection nipponne aura pour conséquence de détourner un peu plus le public japonais, notamment celui des jeunes, vers le football où la sélection nationale japonaise sort alors d'une belle coupe du monde de football de 2002 et dont la J-League, le championnat national de football japonais, est en pleine explosion de popularité dans l'archipel.

Ce désastre a notamment aussi pour conséquence de remettre en cause la politique sportive de Mitsutake Hagimoto. Le sélectionneur nippon est forcé de rappeler des joueurs d'origines étrangères à l'image de Reuben Parkinson. De petits nouveaux joueurs étrangers seront aussi convoqués: les 2èmes lignes Jamie Washington (Suntory Sungoliath) et Philip O'Reilly (Sanyo Wild Knights) mais aussi des joueurs universitaires tels que les deux tongiens de Saitama Institute of Technology, l'ailier Christian Loamanu et le centre Katoni Otukolo et enfin l'arrière Ayumu Goromaru (Waseda). Après une tournée désastreuse en avril 2005 en Amérique du sud (défaites 18-25 en Uruguay et 36-68 en Argentine), le Japon retrouvera le succès: victoires contre Hong Kong (91-03), en Corée du sud (31-50) et contre la Roumanie (23-15).

Mais les défaites à domicile contre le Canada (10-15) et surtout contre l'Irlande (12-44 et 18-47) auront le dernier mot de Mitsutake Hagimoto. Le sélectionneur nippon sera licencié et la Japan Rugby Football Union décidera de choisir son successeur en France, un certain Jean-Pierre Elissalde. Le français, adjoint de Mitsutake Hagimoto depuis 2005 en tant qu'entraîneur des avants, allait devenir le premier sélectionneur étranger du Japon. Quant à Mitsutake Hagimoto, il restera pour avoir été le sélectionneur des Brave Blossoms avec le plus faible taux de victoire (33%) depuis l'histoire du professionnalisme du rugby sur l'archipel nippon. 
 
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L'arrière Ayumu Goromaru, à ses débuts en sélection japonaise en 2005

 



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