Japon: une longue histoire de rugby
Auteur:
Hinato
Publié le: 31/01/2015

Très souvent ignoré, voir dénigré, le rugby au Japon a une longue histoire dans cet archipel qui compte l'un des plus grands nombres de licenciés à la pratique du jeu au ballon ovale au monde. Mis à part le Royaume-Uni et l'Australie, le Japon a en effet une histoire rugbystique plus ancienne que des pays traditionnels comme le Pays de Galles, la France, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du sud! Retour sur une histoire totalement méconnue...

L'apparition du rugby sur l'archipel japonais

Le début du rugby au Japon coïncide avec la restauration Meiji sur l'archipel. Une période au combien importante de l'histoire nippone qui aura une très grande influence sur l'arrivée du rugby au Japon. Retour sur cette période primordiale.

Au XIXème siècle, le Japon est encore un pays isolé et fermé (volontairement). Les contatcs avec les étrangers se font dans la ville de Nagasaki. Les voyages officiels à l'extérieur sont très rares (seulement en Corée et en Chine). Pénétrér sans autorisation dans le territoire nippon était punissable de mort immédiate pour tout étranger.

Un isolationnisme total appelé "Sakoku" qui marque alors 250 ans de paix intérieure sur l'archipel. A cette époque, l'empereur qui "règne" depuis son palais d'Heian-Kyo (Kyoto), ne dirige en fait pas vraiment le pays. Le pouvoir réel est alors détenu par le shogun, autrement dit le "général", sorte de dictateur militaire samouraï de l'époque, depuis la cité d'Edo (Tokyo). L'empereur est quant à lui à ce moment-là le représentant spirituel sur Terre de la déesse du soleil "Amaterasu" et le gardien des traditions.

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L'arrivée du commodore Perry au Japon en 1853

Mais l'avenir du Japon allait bientôt changer. En 1853, le commodore américain Perry débarqua dans la baie d'Edo avec sa flotte, sur ordre du président américain Millard Fillmore, pour enfin obliger les japonais à ouvrir les routes commerciales. Face à la menace militaire occidentale (les européeens mettant eux aussi la pression), le bakufu (gouvernement militaire japonais) cède et signe le 31 mars 1854 la convention de Kanagawa, donnant le libre accès aux occidentaux aux ports de Shimoda et de Hakodate. Le Japon allait céder dans les années à venir de plus en plus de terrain. 

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Le bombardement de Kagoshima en 1863

Les premiers marchands étrangers débarquent sur le sol nippon. En 1859, le traité de commerce et de navigation entre le Japon et les Etats-Unis va permettre à la ville portuaire de Yokohama de passer au premier plan. La cité japonaise devient rapidement cosmopolite et c'est à cette époque, au tout des débuts des années 1860, que le rugby fait son apparition.

Sur le plan national, le shogunat est en plein déclin. Le pouvoir doit faire face à une perte de confiance de la population dans le régime, à des assassinats politiques et à des rébellions sur les étrangers, tels que celle du clan samouraï Satsuma en 1862 lors de l'incident de Namamugi sur des civils britanniques. Une attaque à laquelle répondra la Royal Navy en bombardant la ville portuaire de Kagoshima un an plus tard, en 1863. 

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Le départ de Kyoto de l'empereur Meiji pour rejoindre la nouvelle capitale du pays, Tokyo, en 1868

En novembre 1867, le 15ème shogun de la famille TokugawaYoshinobu Tokugawa, abdique et ne se nomme pas de successeur. Le dernier shogun désire en effet permettre à son pays d'évoluer. La même année, la mort de l'empereur Komei permet à son jeune fils, le prince Mutsuhito, d'en terminer avec les partisans du shogunat et d'entamer la révolution du pays.

En 1868, l'une des premières décisions du tout jeune empereur de 15 ans, Meiji (appelé Matsuhito de son vivant), est de déplacer la capitale impériale du Heian-Kyo (Kyoto) à l'ancienne résidence des shoguns (actuel palais impérial) de la cité d'Edo "porte de la rivière", qui est alors rebaptisé aussitôt Tokyo, autrement-dit la "Capitale de l'est", par opposition à Kyoto "ville capitale", l'ancienne capitale désormais de l'empire nippon.

La révolution industrielle, politique, sociale et militaire du Japon sous la fameuse ère Meiji ne fait que débuter. A cette époque, la colonie britannique de Yokohama crée plusieurs équipes de sports pour se divertir, dont celle de cricket qui est alors la plus populaire dans la ville. Mais surtout, le premier club de rugby au Japon est crée. Le 26 janvier 1866, Yokohama Football Club voit le jour, ce qui en fait le plus vieux club de rugby en Asie et l'un des dix plus vieux clubs de rugby au monde!  

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Ci-dessus, un match de rugby amateur entre des marins anglais et Yokohama Country & Athletic Club, en avril 1874, à Yokohama.

L'équipe est crée par des soldats du 20ème régiment britannique basés alors à Yokohama. Cette unité est alors installée dans la ville japonaise depuis 1864 pour protéger la communauté d'expatriés suite au célèbre incident de Namamugi. En 1868, le club fusionne avec le club de cricket et devient Yokohama Country & Athletic ClubMais mis à part des matchs contre d'autres expatriés, le club ne joue pas de matchs officiels. Le 2ème club nippon de rugby de l'histoire, Kobe Regatta & Athletic Club, voit le jour en 1870. Mais ce ne sont pour l'heure que des clubs d'expatriés composés exclusivement de joueurs expatriés.

Dès les années 1870, de nombreux jeunes japonais partent faire leurs études au Royaume-Uni, notamment dans l'université de Cambridge, où beaucoup découvrent alors ce sport. Ainsi, en 1872, le futur baron Kikuchi Dairoku, alors âgé de 17 ans, part étudier dans la célèbre école britannique.

Celui qui deviendra plus tard un célèbre mathématicien ainsi qu'un ministre de l'éducation (de 1901 à 1903) sera le premier japonais de l'histoire à obtenir son diplôme à l'université de
 Cambridge. Il sera aussi (et cela nous intéresse un peu plus) le premier joueur japonais de rugby officiel de l'histoire!
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Kikuchi Dairoku
1518452643-220px-ebclarke.jpgL'anglais Edward Clarke Bramwell fondateur du club universitaire
de rugby de Keio Univ.
En 1899, deux hommes vont définitivement rentrer dans l'histoire du rugby nippon. Les professeurs Edward Clarke Bramwell (1875-1934) et  Ginnosuke Tanaka (1873-1933), tous deux diplômés de l'université de Cambridge en  cette année 1899, rentrent sur l'archipel japonais pour y enseigner.

Les deux amis sont alors affectés à l'université de Keio. Et c'est dans cet établissement que cette même année qu'ils y créaient alors le club de rugby
 de Keio (1899), le tout premier club de rugby universitaire de l'histoire du rugby japonais!  

Pendant longtemps, la Japan Rugby Football Union nommera ce club de rugby comme le premier de l'histoire du Japon avant de reconnaître récemment le titre à
Yokohama Country & Athletic Club, crée en 1866, soit déjà 33 ans auparavant!

Le développement du rugby japonais au niveau scolaire

Après ses racines britanniques, le rugby-football, comme on l'appelle dans l'archipel nippon, va enfin se développer au pays dans le domaine scolaire, grâce notamment au soutien important de la famille impériale. De nombreux clubs universitaires se créent à l'image des plus célèbres comme Doshisha (1911), Waseda (1918), ou encore Meiji (1924). En 1923, le premier match inter-universitaire a lieu entre Waseda et Doshisha. A l'étranger, les clubs japonais commencent les tournées.

Ainsi, en 1925, l'équipe de 
Keio fait une tournée à Shangaï. En 1927, l'équipe de Waseda fait une tournée en Australie, celle de Doshisha en Mandchourie et enfin celle Meiji, à Shangaï, deux ans après celle de l'université de KeioMais plus qu'à l'université, c'est au niveau des lycées où en l'espace de quelques années que le rugby va connaître un boum extraordinaire. 

A tel point qu'en 
1917 est crée le tournoi national lycéen, première compétition officielle nationale de rugby dans le pays. Représentant les 47 préfectures du pays, les 51 équipes (2 équipes pour les préfectures d'Hokkaido et Tokyo et trois pour Osaka) s'affrontent de fin décembre à début janvier depuis dans le stade Hanazono Stadium, depuis sa création en 1929. Le rugby japonais connaissait en ce début de 20ème siècle une croissance fulgurante. Ainsi, dans les années 20, le Japon comptait déjà plus de 1 500 clubs et 60 000 licenciés, soit plus que le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande réunies à l'époque.


La création de la Japan Rugby Football Union

Malgré un fort développement, il n'ya pas encore d'organisation pour régir tout cela. Cela va venir en 1925 avec d'abord au niveau régional la création de deux ligues représentant les régions où le rugby s'est alors le plus implanté dans le pays: l'Ouest Rugby Football Union et l'Est Rugby Football Union (futur Kanto Rugby Football Union). En septembre 1947, Kyushu se séparera de l'Ouest Rugby Football Union et deviendra le Kyushu Rugby Football Union. C'est en 1958 que l'Ouest Rugby Football Union se renommera quant à lui le Kansaï Rugby Football Union.

Au niveau national, c'est l
30 novembre 1926 que la JRFU (Japan Rugby Football Union) est crée. Destinée à superviser l'unification des règles, le calendrier des matchs nationaux et internationaux notamment, c'est un très grand pas dans l'histoire du rugby japonais. Son premier président (honorifique) n'est autre que le célèbre prince Chichibu, qui gardera ce poste de premier président de la JRFU jusqu'à sa mort. 

En 1928, Yoshihiro Takagi
, docteur en médecine et membre de la chambre des pairs, devenait le premier véritable président de la fédération japonaise de rugby. Il allait le rester jusqu'en 1947. Grâce à cela, le rugby au Japon s'organise. C'est à cette époque que Kobe Steel (1928) et Kintetsu Liners (1929), deux clubs corporatifs qui évoluent aujourd'hui en Top League
, sont crées notamment. Ces deux clubs sont aujourd'hui les plus vieux clubs présents en Top League
 japonaise.
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Yoshihiro Takagi, premier président de l'histoire de la Japan Rugby Football Union

La sélection nationale voit enfin le jour
 
En 1930, la sélection nationale voit enfin le jour, 66 ans après la création du premier club de rugby au Japon! Si l'histoire rugbystique du pays est très ancienne, la création de sa sélection a énormément tardé.  Celle-ci vient en effet bien après l'Angleterre et l'Ecosse (1871), l'Irlande (1875), le Pays de Galles (1881), l'Afrique du sud (1891), l'Australie (1899), la Nouvelle-Zélande (1903), la France (1906), l'Argentine (1910), les Etats-Unis (1912), les Samoa, Tonga et Fidji (1924) ou encore l'Italie et l'Espagne (1929). 

En raison de cela, le rugby japonais est vue à l'étranger comme un rugby récent alors qu'il est en réalité l'un des plus anciens au monde. Les "
Cherry Blossoms" (fleurs de cerisier), joueront leur premier match historique le 24 septembre 1930 à Vancouver contre la sélection Colombie-Britannique (match nul 03 à 03).

L'histoire retiendra que Shigeru Kayama aura été le premier sélectionneur historique du Japon tandis que le centre Ke Zhi Zhang, chinois d'origine, en aura été le premier capitaine historique. Le 31 janvier 1932, le Japon jouera son premier match à domicile de son histoire, face au 
Canada, au récent Hanazono Stadium d'Higashiosaka. Devant plus de 25 000 spectateurs (stade archicomble), les japonais s'imposent 09 à 08 face aux canadiens, offrant ainsi un magnifique triomphe à leur pays. 

 
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La toute première équipe nationale de rugby du Japon en 1930!
 
Le rugby japonais durant la seconde guerre mondiale

Durant les années 30 et le début des années 40, le régime fasciste japonais devient de plus en plus hostile envers le rugby, considérant ce sport comme une pratique étrangère, tandis que la famille impériale continue de soutenir le rugby au Japon. Alors que le rugby était considéré jusqu'alors comme un sport viril acceptable, son nom est brièvement remplacé par "Tokyu", autrement dit, lutte contre la balle. Durant cette période noire du Japon, les japonais vont exporter le rugby en Asie. 

C'est ainsi que le rugby apparaît en 
Corée du Sud et en Mandchourie, colonies occupées par le Japon. Durant la seconde guerre mondiale, des milliers de joueurs japonais de rugby meurent au front. 
Une très grande partie des infrastructures sportives du pays sont également rasées. Malgré la guerre, de nombreux matchs ont continué à être joués jusqu'en 1943A partir de ce moment-là, le manque d'hommes disponibles pour jouer et la menace américaine de plus en plus proches obligèrent à stopper les rencontres...

Le rugby corporatif entre en scène
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Le prince Chichibu
lors d'un match de rugby
Etonnament, le rugby va faire un retour très rapide dans le Japon en ruines d'après-guerre, malgré les dégâts très importants et ces milliers de joueurs de rugby morts au combat. En septembre 1945, moins d'un mois après la guerre, une publicité arrive à attirer pas moins de cinquante personnes à une réunion.

Le 
23 septembre 1945, la première rencontre d'après-guerre oppose Keio à l'université de KyotoMalgré quelques exemples d'avant-guerre (Kobelco SteelersKintetsu Liners), ce n'est qu'à partir de cette période que les entreprises vont commencer de plus en plus à soutenir le rugby, à l'image de Toshiba qui va créer son équipe (1948).

L'objectif pour les entreprises est alors à l'origine de divertir leurs salariés dans un pays en pleine reconstruction. 1948/1949, c'est la saison où le championnat des clubs corporatifs voit le jour. Haisumi
, large vainqueur en finale du tournoi national des sociétés de Kintetsu (57-03), devient ainsi le tout premier club corproratif champion du Japon de l'histoire, en 1949.

Le rugby va se répandre dès lors hors de sa base scolaire traditionnelle. Grâce aux efforts du prince Chichibu, de l'intérêt médiatique et du public, le rugby retrouve son rang d'avant-guerre très rapidement. Ainsi lors de la tournée de l'équipe de l'université d'Oxford au Japon en 1952, les supporters répondent présents. Les étudiants britanniques sont surpris de jouer devant des foules de 30 000 personnes! De nombreuses autres universités viendront faire une tournée dans l'archipel par la suite.

Le travail effectué par le frère cadet de l'
empereur Showa (Hirohito) pour remettre le rugby au premier plan au Japon a été tel qu'après sa mort (04 janvier 1953), le Tokyo Rugby Stadium est rebaptisé Chichibunomiya StadiumDepuis lors, une statue du prince Chichibu dans un uniforme de rugby y a été érigé. 

Les compétitions se multiplient

Dans les années 60, le rugby se développe toujours un peu plus au Japon. De nouvelles compétitions nationales voient ainsi le jour. L'All Japan Championship est ainsi crée en 1964, opposant les meilleurs clubs corporatifs et universitaires. Doshisha remportera la première édition face à Kintetsu (18 à 03). L'année suivante, le championnat national universitaire fait son apparition. Bien que les clubs universitaires existent depuis bien longtemps ainsi que certaines ligues régionales (Kansaï 1925 et Kanto 1928), il aura fallu attendre 1965 pour voir apparaître cette compétition nationale.

Hosei, vanqueur de Waseda (14 à 03) sera le premier champion historique mais ce sont bien les prestigieux clubs universitaires de Waseda et Meiji qui inscriront les plus grandes pages du rugby universitaire japonais.


Le début de la domination en Asie

Sur le plan international, le rugby asiatique essaie tant bien que mal de se développer. La toute jeune ARFU (Asian Rugby Football Union), est crée en 1968 par les huits pays fondateurs: JaponHong KongThaïlandeCorée du Sud, CeylanMalaisieSingapour et Taïwan. L'organisme intègre dès lors l'IRB et gère le rugby à XV en Asie. Dès 1969 est crée le championnat d'Asie des nations auquel participent ces huits nations.  La première édition se déroule au Japon.

Les japonais la remportent et font de même l'année suivante en Thaïlande. Le championnat se déroule ensuite seulement tout les deux ans. Le Japon domine largement cette compétition (15 titres) avec pour seul adversaire difficile, la Corée du Sud, qui parviendra à remporter les cinq autres titres restants (1982, 1986, 1988, 1990, 2002). Plusieurs autres nations rejoindront ce championnat: la Chine et l'Inde (1998), le Golfe Persique (2000) et le Kazakhstan (2002).

Les heures de gloire

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Le 28 septembre 1971, le Japon résistera héroïquement contre l'Angleterre, s'inclinant sur le score de 06 à 03!

Les années 60/70/80 marquent les heures de gloire du rugby japonais. En 1968, les japonais battaient l'équipe junior des All Blacks 23 à 18 à Wellington avec notamment quatre essais du légendaire ailier Yoshihiro Sakata! C'est l'époque où la sélection est alors composée de nombreux joueurs du club de Kintetsu, alors dominateurs sur le rugby national. En 1971, pour le centenaire de la fédération anglaise de rugby, les anglais acceptaient l'invitation des japonais.

Le 28 septembre 1971, dans le 
Chichibunomiya Stadium, les "Cherry Blossoms", entraînés par Tetsunosuke Onishi (mythique entraîneur de Waseda Univ.) résistaient héroïquement aux anglais et ne s'inclinaient que sur le score de 06 à 03! Pour beaucoup, c'est l'une des plus belles pages de la sélection japonaise depuis sa création en 1930. 

A partir de 1973, le Japon effectuera des tournées en Europe (AngleterrePays de GallesFrance), preuve que son rugby se porte bien. En 1983, au Cardiff Arms Park, les japonais échoueront de peu à un grand exploit et s'inclineront 28-24 face aux gallois. Pendant ce temps, sur le territoire, apparaissent depuis le début des années 70, les premiers "gaijin" dans le championnat amateur japonais. Ces derniers, venus de l'hémisphère sud notamment, reçoivent alors des salaires deux fois plus important que ceux des locaux par les grandes entreprises pour lesquelles ils jouent. Il faut prendre en compte qu'à cette époque, le rugby est encore pratiqué par des amateurs, partout dans le monde.

Les années 80 voit la popularité du rugby à son maximum au Japon. Que ce soit la finale du championnat national corporatif, celle universitaire ou de l'All Japan Championship, les stades sont complets. Ainsi pour les phases finales universitaires et du All Japan Championship par exemple, le National Stadium de Tokyo est toujours plein (60 000 personnes en moyenne). Le record d'affluence pour un match de rugby sur l'archipel nippon sera d'ailleurs détenu lors du 
du célèbre Someisen du 6 décembre 1981 entre Waseda et Meiji (66 999 personnes). Un record qui tient toujours actuellement dans le rugby japonais.  

Au niveau international, le Japon intègrera l'International Rugby Board en 1987 juste avant la première coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande où les Cherry Blossoms sont invités en tant que meilleure nation asiatique de rugby. Le 28 mai 1989, le Japon remporte une victoire historique contre l'Ecosse (28 à 24) au Chichibunomiya Stadium de Tokyo pour les débuts du jeune sélectionneur Hiroaki Shukuzawa! Le technicien japonais qualifiera son équipe pour la coupe du monde de rugby de 1991 en Europe où le Japon remportera le premier succès de son histoire dans cette compétition face au Zimbabwe (52 à 08).


Le rugby japonais perd en popularité

Les années 90 seront un tournant terrible pour le rugby nippon. A l'heure où le rugby va commencer à se professionnaliser dans les grands pays de rugby, les membres de la Japan Rugby Football Union ne vont pas suivre les conseils d'Hiroaki Shukuzawa, demandant l'urgence de créer un championnat professionnel. Le Japon, qui reste avec son championnat amateur de rugby des entreprises, va voir le fossé s'augmenter entre lui et les nations majeures du rugby.
 
La coupe du monde de 1995 en Afrique du sud sera révélatrice avec cette célèbre humiliation encaissée par le Japon contre l'équipe B de Nouvelle-Zélande (145 à 17), le 4 juin 1995. Le "désastre de Bloemfontein" va marquer les esprits et détourner beaucoup de supporters japonais honteux vers le football notamment.

Au lieu de suivre les conseils d'
Hiroaki Shukuzawa, la JRFU allait sélectionner de manière plus intensive de nombreux étrangers dans son équipe nationale pour ne pas revivre pareil cauchemar.

Une situation totalement grotesque qui amenait ainsi à sélectionner des anciens internationaux 
All Blacks comme Graeme Bachop et Jamie Joseph! Si les Cherry Blossoms avaient des étrangers non-asiatiques dans leur équipe depuis les années 80, ils n'avaient pas encore été jusqu'à prendre les joueurs d'autres sélections!
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Le 4 juin 1995, le Japon subit
la pire défaitede son histoire
face à la Nouvelle-Zélande (145 à 17)

Rien n'y fera. La coupe du monde de rugby de 1999 sera aussi un fiasco total. A l'opposé, le football nippon gagne en popularité. La création de la J-League en 1993 et la belle coupe du monde de football de 2002 amène de plus en plus de jeunes japonais à supporter le football, au détriment du rugby qui pour la première fois de son histoire passe en dessous du football en terme de popularité dans son pays. 

La création de la Top League japonaise
 
1518452846-887143logo1.gif Le besoin de réformer le championnat amateur des clubs d'entreprises japonais se fait de plus en plus pressent. La charge de cette réforme est confié à Hiroaki Shukuzawa, ancien sélectionneur des Cherry Blossoms (1989-1991).

Désireux d'amener le rugby japonais vers la voix totale du professionnalisme, il met en concept la création de la 
Top League japonaise, division d'élite semi-professionnelle, qui ne doit être qu'une étape vers la création finale d'un championnat 100% professionnel.

Si la majorité des joueurs japonais travaillent encore dans leur entreprises, ils passent beaucoup plus de temps sur les terrains et surtout, les étrangers qui viennent sont pros.  Ainsi, en 2003, est crée la Top League japonaise, premier championnat semi-professionnel du Japon et composé de 12 clubs au départ. Le championnat se joue sur une période de trois mois et fait nouveau, les deux derniers sont relégués directement en ligues régionales (Ouest A, Est A et Kyushu A). 

Les stades se vident

Malgré cela, la coupe du monde de rugby de 2003 est encore un échec. Le débat sur les joueurs étrangers bat une fois de plus son plein. Sans étranger dans son équipe, le sélectionneur Mitsutake Hagimoto est de la désastreuse tournée de novembre 2004. Le Japon y sera humilié notamment par l'Ecosse (100 à 08) et le Pays de Galles (98 à zéro).

Formation désastreuse au niveau scolaire, luttes de pouvoir entre les clubs universitaires et la sélection nationale, un isolement total il faut le reconnaître aussi dans le très faible niveau du rugby asiatique, le Japon enchaîne les mauvais résultats au niveau international avec les coupes du monde de rugby de 2007 et 2011 malgré l'apport très nombreux lors de cette dernière de pas moins de dix joueurs étrangers par le sélectionneur néo-zélandais John Kirwan! Un choix qui avait fait hurlé dans les rangs des membres de la Japan Rugby Football Union.

Tous ces résultats désastreux amènent à voir les stades de rugby au Japon se vider toujours un peu plus, que cela soit pour la sélection nationale, la Top League japonaise et plus inquiétant encore, le championnat national universitaire. 


Un nouvel espoir
 
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Le 21 juin 2014, le Japon battait pour la première fois de son histoire l'Italie (26 à 23) au Chichibunomiya Stadium de Tokyo!

Nommé sélectionneur du Japon fin 2011, Eddie Jones prend la tête officiellement des Brave Blossoms en 2012. En l'espace de trois ans, le technicien australien a radicalement transformé l'équipe que cela soit au niveau mental (l'une des grosses failles des japonais), nutritif et bien d'autres. S'entourant d'un staff étranger prestigieux (Leigh Jones, Marc Dal Maso, Steve Borthwick), il a transformé radicalement la sélection japonaise. Grâce notamment à l'énorme travail à la mêlée du français Marc Dal Maso, le Japon s'est offert des succès prestigieux contre le Pays de Galles (2013) et l'Italie (2014). Des victoires qui ont ainsi permis à un moment donné au Japon d'être classé 9ème au classement IRB (record historique)!

L'arrivée des premiers internationaux japonais en Super Rugby en 2013 (Fumiaki Tanaka, Shota Horie) a également été un plus non négligeable, amenant une expérience du très haut niveau qui est vitale pour faire grandir la sélection. Ambitieux, Eddie Jones vise ainsi les 1/4 de finales lors de la coupe du monde de rugby de cette année en Angleterre. Un discours qui change radicalement de celui défaitiste de John Kirwan en 2011.

Organisteur de la coupe du monde de rugby de 2019, le Japon va passer une nouvelle étape dans son histoire rugbystique avec la création de sa franchise de rugby (basée à Tokyo) qui fera ses débuts dans le futur Super 18 en 2016! Les années qui vont suivre seront très importantes pour le rugby japonais et déterminant s'il veut enfin devenir ce qu'il devrait être depuis fort longtemps déjà, à savoir un très grand du rugby mondial!
 

 
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