Brave Blossoms: l'épineux problème des joueurs étrangers refait surface
Auteur:
Hinato
Publié le: 09/04/2015



Le centre australien Tim Bennetts (Canon Eagles) devrait porter le maillot des Brave Blossoms lors de la Pacific Nations Cup cette année

A quelques mois de la coupe du monde de rugby, un article nippon a fait part à nouveau d'une des raisons de la non adhésion d'une majeure partie des japonais pour leur sélection: les joueurs étrangers. Si la non-diffusion des matchs des Brave Blossoms sur une chaîne publique et le manque de travail de la Japan Rugby Football Union auprès de la jeunesse expliquent une bonne partie, l'une des raisons essentielles encore à ce jour reste le trop grand nombre de joueurs étrangers dans l'équipe.

Si l'on retrouve de nombreux "mercenaires" dans les différentes grandes sélections nationales aujourd'hui, cela est toujours aussi mal accepté au Japon par une très grande partie de la population. De nos yeux d'occidentaux, nous avons bien trop tendance à l'oublier ou tout simplement l'ignorer, mais l'archipel nippon est un état encore de nos jours très conservateur, certainement l'un des plus conservateurs au monde. Passons outre le rugby, il suffit de se rappeler de l'élection de Miss Japon le 12 mars dernier.

La jeune Ariana Miyamoto (20 ans), qui va concourrir pour le titre de Miss Univers 2015, avait traumatisé une partie du pays car étant une hafu et  noire de peau de par son père afro-africain. Le terme hafu s'inspire du mot anglais Half pour désigner les personnes à moitié japonaises. Cette dernière avait été longuement insultée et moquée sur les réseaux sociaux nippons. Au Japon, les hafu, enfants donc à moitié japonais et à moitié étrangers, sont très mal considérés même s'il faut avouer qu'ils sont mieux vu par une partie de la population désormais.

Alors il suffit d'imaginer quand nous avons plusieurs joueurs 100% étrangers dans la sélection nippone. Présents avec le Japon depuis les années 80, les premières grosses critiques sur les gaijin ont démarrées lors de la coupe du monde de rugby de 1999 quand le sélectionneur de l'époque, Seiji Hirao, avait sélectionné de nombreux joueurs étrangers dont les anciens internationaux néo-zélandais Graeme Bachop et Jamie Joseph.

Malgré des bonnes prestations (mais zéro victoire) lors de la coupe du monde de rugby de 2003, le sélectionneur Wataru Murata avait été lui-aussi très vivement critiqué par la Japan Rugby Football Union pour avoir pris trop de joueurs étrangers dans l'effectif. Cela amena à un changement de cap en 2004 et la nomination de Mitsutake Hagimoto cette année-là. Objectif: jouer désormais avec 100% de joueurs japonais dans la sélection. Mais la tournée européenne désastreuse de novembre 2004 ramena le Japon à la réalité et vers une nouvelle grosse politique de naturalisation de joueurs étrangers pour la sélection.

Une politique qui s'intensifia alors avec le sélectionneur néo-zélandais John Kirwan et notamment la coupe du monde de rugby de 2011 avec pas moins de 10 joueurs étrangers sur le groupe de 30! Alors que la compétition n'avait pas débuté, la colère avait déjà grondé chez les membres de la Japan Rugby Football Union et le sort de John Kirwan était en réalité déjà scellé avant même les résultats catastrophiques de l'équipe. Quant à Eddie Jones, le sélectionneur australien, faute de profondeur mais aussi par choix personnel, a fait de plus en plus recourt à des joueurs étrangers.

Dernier en date, le centre australien Tim Bennetts (Canon Eagles), qui obtiendra le droit de porter le maillot nippon lors de la Pacific Nations Cup après trois ans dans la Top League japonaise. Ainsi, lors de la coupe du monde de rugby en Angleterre, le Japon pourrait démarrer avec six joueurs étrangers titulaires, une chose qui risque de faire bouillir profondément la fédération japonaise de rugby et d'éloigner un peu plus certains encore du rugby au pays.

Car même chez les supporters nippons, les critiques ont déjà commencé: les non-sélections du 3ème ligne Kyosuke Horie (Yamaha Jubilo), énorme cette saison en championnat, au profit d'un Hayden Hopgood moyen ayant évolué en 2ème division japonaise ou encore celle de Ryoto Nakamura (Suntory Sungoliath) au profit d'un Craig Wing (Kobelco Steelers), blessé, qui ne joue quasiment plus depuis deux ans interpellent. Si l'on peut être certain du choix sincère et de l'apport sportif des Michael Leitch (Toshiba Brave Lupus), Amanaki Lelei Mafi (NTT Shining Arcs), Hendrik Tui (Suntory Sungoliath), la sélection par Eddie Jones de joueurs opportunistes et plus que moyens, voir même totalement cramés comme Craig Wing, Hayden Hopgood ou Michael Broadhurst (Ricoh Black Rams) n'aident pas la sélection japonaise.

Si un joueur hafu comme Kotaro Matsushima (Suntory Sungoliath) ou des joueurs étrangers comme Michael Leitch (ou autres) sont totalement acceptés par les fidèles supporters de rugby au pays, ce n'est pas le cas d'une bonne partie de la population. 
On peut comprendre sur ce point les japonais, très conservateurs, mais critiquer toutefois leur position sur leurs hafu, qui comme Kotaro Matsushima, sont quant à eux des japonais à part entière, qui ont grandi au pays. Si les résultats ne suivent pas lors de la coupe du monde de rugby, les conséquences pourraient faire très mal à un Japon qui accueillera la prochaine édition chez lui en 2019 et qui veut élargir sa popularité auprès d'une plus grande partie des gens sur l'archipel.

Il est inévitable que la sélection des Brave Blossoms devra se tourner vers de moins en moins de joueurs étrangers (comme celle de football) si elle veut enfin attirer cette grande partie de la population qui ne lui adhère pas. Car même des bons résultats ne suffiront pas à réaliser cela. La franchise japonaise en Super Rugby en 2016 doit aider en ce sens, en intégrant de nombreux japonais au très haut niveau. De plus, l'arrivée derrière de grands espoirs japonais dans les postes faibles de la sélection (Naohiro Kotaki, Kazuki Himeno, Yusuke Kajimura) devrait aider également.

 
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